Tradition : La Fête des Mayes et l'Arbre de Saint Nicolas

  

Origines des Mayes

 

M. DEGARDIN dans« Les traditions populaires dans le nord de la France » (tome 2 « Les fêtes – de la Chandeleur à la moisson » article « Les fêtes de mai », Arras 1956) a étudié la tradition des « mais » ou des « mayes ». Ces fêtes célèbrent le renouveau de la nature et la vie, chez les Romains elles portent le nom de Floralia (du 28 avril au 6 mai).

Avant l’ère Chrétienne, mai est consacré au repos. Saint Eloi interdit cette pratique au VII° siècle. L’église va christianiser les fêtes païennes, ainsi il est d’usage de fêter les apôtres Saint Jacques et Saint Philippe le 1er mai en coupant et en promenant des arbres dans les rues avant de les planter avec des cérémonies que le concile de Milan juge « folles et ridicules » avant de les condamner en 1579. Cette condamnation n’empêche pas de continuer à célébrer les mais. La Grande Guerre portera un coup fatal à ces traditions, certaines subsistent jusqu’aux années 1960.

Il existe différents « mai » : les « Mai d’amour », « Mai collectifs », « Mai du travail » et « Mai religieux ».

  

Les « Mais d’amour » se déroulent la nuit du 30 avril au 1er mai ou la nuit du premier samedi au premier dimanche de mai, c’est un hommage des jeunes hommes aux jeunes filles. Le mai consiste alors en une branche d’arbre ou d’arbuste allant du mètre à 7 ou 8 mètres (dans certains villages, la taille du mai est proportionnelle aux mérites de la jeune fille). Il existe un code suivant l’essence qui est placée sous les fenêtres :

Cerisier : « Je t’épouserai volontiers ».

Aubépine : « Jeune fille à prendre (à marier) ».
Bouleau : « Je t’épouse ».
Frêne : « Cœur à prendre ».
Lilas : « Je te laisse là » (volage).
Peuplier : « Vieille fille, je te laisse là ».
Sureau : « Du Séhu, tu pues ».
Concernant l’Aubépine, il y a trois variantes :
Branche fleurie : Estime, Amour (Surtout dans le Boulonnais, le Santerre, le Calaisis, le Ponthieu et une partie de l’Amiénois).

Branche défleurie : Vertu douteuse.

Branche noire : Méchanceté.

Chaque jeune homme peut laisser son mai sous une fenêtre, éliminant le précédent. Souvent les jeunes hommes se réunissent dans la soirée pour décerner à chaque belle un mai collectif. Il arrive que deux prétendants se retrouvent en même temps sous les fenêtres de leur belle et là, gare au pugilat ! On comprend aisément que les parents se lèvent tôt afin de faire disparaître le mai si celui-ci n’est pas flatteur…

 

Les « Mais collectifs » consistent dans certains villages à planter un arbre (souvent un bouleau) sur la place publique le 1er mai.

Ces arbres portent le nom de « Maye de la jeunesse » » et est mis aux enchères ou à la loterie au cours d’un bal ou d’une fête communale à la fin de mai. Avec l’argent récolté, les garçons invitent les filles à manger de la tarte. Les bouleaux ainsi vendus servent généralement à faire des échelles.

  

Les « Mais du travail » n’ont de mai que le nom, car ils sont arborés en été pour célébrer la fin de la moisson (quand la dernière voiture de la récolte rentre des champs, les moissonneurs fixent au sommet une branche feuillue : le « mai des moissons »). Le « mai » des ouvriers du bâtiment concerne surtout les maçons qui fixent un bouquet ou une branche (suivant la saison) au haut de la cheminée qu’ils viennent de construire, occasion au propriétaire de payer à boire !

 

Les « Mais religieux » consistent en un arbuste entier planté devant ou près de l’église souvent le soir du 1er mai. On danse autour en se donnant la main.

A Saint Pol sur Ternoise, c’était un hêtre ou un bouleau que l’on plantait le lundi de Pentecôte pour que l’Esprit Saint vienne s’y percher pendant la neuvaine
A Saint les Marquions c’est « L’arbre de Sainte Saturnine » qui est à la fois « mai » collectif et religieux et fait parti d’un culte très ancien, il est encore fêté de nos jours
 

A Adinfer le mai est d’amour : les jeunes hommes célèbrent les jeunes filles à marier avec des branches d’aubépine (une par fille de moins de 25 ans), collectif : L’arbre de Saint Nicolas est hissé devant l’église avant d’être vendu aux enchères. Il est aussi religieux car il fête le patron de la paroisse.

 

La Fête des Mayes à Adinfer

 

Autrefois, la fête des Mayes et l’arbre de Saint Nicolas se fêtaient le 9 mai, c’était un jour très attendu et, qu’il tombe un dimanche ou en semaine, très respecté.

Comme aujourd’hui c’est la Fête des Mayes qui ouvre les réjouissances : les jeunes hommes vont couper des branches d’aubépines (avant 1914, on respecte les différents codes évoqué ci-dessus, après 1945 l’aubépine est demeurée la seule maye à Adinfer, fleurie ou non avec comme seule signification "Fille à marier" et parfois un retour au sureau…) puis, en soirée ils se réunissent afin de partager un repas (du cassoulet) fortement arrosé de vin (aujourd’hui, c’est beaucoup plus sobre !).

Les garçons pour qui s’est la première fête doivent se plier à un rituel : passer sous une chaise à plat ventre. Dans la nuit, ils placent les mayes sous les fenêtres en chantant à tue-tête « Non, non, non, non Saint Nicolas il n’est pas mort (bis) car il chante encore (bis) » (une version moins chaste substitue la virilité du saint à  sa voix). Après la seconde guerre mondiale, un musicien n’hésite pas à jouer du clairon une partie de la nuit, les râleurs ont la surprise de voir leur cheminée bouchée avec un sac !

Chaque jeune fille reçoit son maye (mai). Parfois les plus intrépides montent sur le toit pour planter la branche choisie dans la cheminée de la maison. A ce propos on raconte encore l’histoire de ce jeune homme qui passa, avant la Grande Guerre, à travers le toit de chaume d’une habitation. D’autres grimpent dans la chambre de leur belle à l’aide d’une échelle… que ses camarades se dépêchent d’enlever !  Blagues de potaches que les anciens racontent encore avec une certaine nostalgie.

  

L'Arbre de Saint Nicolas

 

Après une nuit blanche, on va dans le Bois Impérial abattre un bouleau, à la hache, et le ramène au village au son d’un orchestre. Après un ou deux tours du village on assiste à une première messe (vers 11h00) puis l’arbre est hissé à la main devant l’église, un drapeau est placé à son sommet. Pendant la messe, il y avait un passage de témoin entre l'ancien et le nouveau Mayeur.

Qu'est ce que le Mayeur ?

C'est la personne (un homme) qui a la charge de fleurir et entretenir l'autel de Saint Nicolas durant un an, entre deux fête des Mayes. A la fin de son année, il choisit son successeur. Si celui-ci est d'accord il invite son parrain à manger.

A la fin de la messe de Saint Nicolas, l'ancien Mayeur transmet symboliquement sa charge au nouveau Mayeur en lui donnant un cierge.

Vente de l'arbre

A la sortie des Vêpres, l’arbre de Saint Nicolas est vendu à la criée, les jeunes le livrent chez l’heureux gagnant quelques temps après, occasion de prendre un dernier verre en attendant l’an prochain. Le lundi de Pentecôte, les jeunes gens venaient danser dans les maisons et manger un morceau de tarte on faisait « chavate ».

La fête des Mayes faillit disparaître à plusieurs reprises au siècle dernier : lors de la Grande Guerre et des premières années de la Reconstruction, pendant la Seconde Guerre Mondiale : elle ne revient au goût du jour qu’à l’aube des années 1950. Elle connaît à nouveau une éclipse de quelques années entre la fin des années 1970 et 1984. A cette date le club des jeunes décide de refaire la Saint Nicolas, ceux qui ont connu cette période se souviennent certainement du vieux chariot grinçant que l’on entendait venir de loin et les chants sous les fenêtres. Comme par le passé, les jacinthes bleues qui foisonnent dans le bois à cette période sont cueillies et jetées dans les rues.

 

Une petite vidéo de 2003, de très mauvaise qualité, mais qui a le mérite d'exister : Cliquez sur l'image(5,36 Mo).

 

L’Association Saint Nicolas Comité des Fêtes reprend le flambeau en 1996. Au fil des années, la tradition subit plusieurs arrangements pour ne pas disparaître : on fête Saint Nicolas dans un premier temps le samedi le plus près du 9 mai et depuis 3 ans les deux fêtes sont dissociées. On célèbre les Mayes le samedi de la semaine précédant la Pentecôte et l’arbre de Saint Nicolas le dimanche de Pentecôte. L’arbre n’est plus vendu à la criée mais tiré au sort au cours d’une tombola. La société évoluant, les libations se sont considérablement allégées. Entre 1999 et 2002, un deuxième chariot transportant les plus petits suit l’arbre dans le village. Autres temps, autres mœurs : La Fête de la Jeunesse s’assagit.

A une époque où l’on déplore la fin d’anciennes valeurs et de tradition, Adinfer peut s’enorgueillir de continuer à fêter les Mayes. Fête de la Jeunesse, soyez indulgent si une fois par an il y a un peu de bruit la nuit et si vous trouvez des fleurs sur les trottoirs. Il serait dommage de voir s’éteindre une fête qui avait tant d’importance pour les Adinférois qui nous ont précédés et que notre village perde encore un peu plus de son âme…

 

En 2005

  
  

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